« Aujourd’hui, on affiche beaucoup plus sa sexualité »

LP/Emeline Boutry

Nombre de partenaires, infidélité, rapports avec des personnes du même sexe, lieux insolites… Nous sommes allés à la rencontre des habitants de la capitale pour en savoir plus sur leur sexualité. David Simard, philosophe et sexologue, nous en dit plus.

Interview publiée dans Le Parisien du 5 janvier 2017, sur le thème « Sexualité : les Parisiens ont-ils une vie intime libérée ? »

Lire l’interview sur le site du Parisien

 

Compléments à l’interview publiée par Le Parisien

Quelques remarques que j’ai faites concernant l’étude de l’IFOP réalisée pour le site de rencontres CAM4 sur la vie sexuelle des Parisiens n’ont pas été reprises dans l’interview publiée. Ces remarques soulignent les stéréotypes, qui constituent des biais, dont a fait preuve l’institut de sondages dans la façon d’avoir mené l’étude et dans la restitution de certains résultats.

Notamment, la question sur le recours à la prostitution n’a été posée qu’aux hommes et non aux femmes. Il s’agit ainsi de la seule question pour laquelle l’IFOP ne restitue aucun résultat concernant les femmes. On peut y voir là le présupposé selon lequel seuls des hommes recourent à la prostitution, alors qu’il existe des femmes clientes. Cette étude aurait pu être l’occasion de mesurer leur part parmi les Parisiennes, même en l’absence de comparaison possible avec des résultats nationaux.

Autre biais : le regroupement sous un même chapitre des expériences sexuelles dites à risques et des expériences sexuelles dites transgressives. Ce regroupement induit que toutes les pratiques dites transgressives, considérées telles par rapport à la norme des relations sexuelles dans le cadre conjugal et apparemment sans fantaisie (l’utilisation d’un sextoy par exemple étant référencée dans ce chapitre), sont aussi des pratiques à risques. La norme de la conjugalité est donc ici présupposée constituer le cadre sûr des expériences sexuelles.

Dernier point que soulignerai ici et qui est évoqué brièvement dans l’interview : l’assimilation de toute relation extra-conjugale à de l’infidélité. En effet, la question posée par l’enquête est la suivante : « Et en comptant tous les partenaires que vous avez eu au cours de votre vie, vous est-il arrivé d’avoir un rapport sexuel avec une autre personne que celle avec laquelle vous êtes en couple ? » Or, cela inclut les relations extra-conjugales en accord avec le conjoint, par exemple dans un cadre libertin ou échangiste, de relations à trois, etc., situations pourtant considérées par ailleurs dans l’enquête. L’interprétation des résultats obtenus comme produisant un taux d’infidélité présuppose donc que la fidélité se définit nécessairement comme exclusivité sexuelle au sein de la relation conjugale, alors qu’il s’agit d’un concept qui réfère à la question de la confiance dans la relation (« fidélité » et « confiance » ont une étymologie latine commune), non à l’exclusivité sexuelle.