L’homosexualité, c’est biologique ?

Deux femmes s'embrassent à la "Lesbian & Gay Pride" de Paris de 2005 - CC Kenji-Baptiste OIKAWA.

Dans une vidéo récente, l’humoriste Max Bird, qui entend combattre les idées reçues, a affirmé que l’homosexualité est causée par les hormones. Il reprend ainsi l’idée selon laquelle l’homosexualité est inscrite dans la nature, pour l’opposer à celle qui soutient qu’elle est contre-nature. Si son intention est louable, puisqu’il entend ainsi combattre l’homophobie, il n’en tombe pas moins lui-même dans le panneau d’une idée reçue.

L’homosexualité déterminée par les hormones : une hypothèse peu solide

Toutefois, Max Bird a pour circonstance atténuante que cette idée reçue est promue par des scientifiques. Il s’appuie en particulier sur un neuroendocrinologue du comportement de l’Université de Liège : Jacques Balathazart. Ce dernier a publié en 2010 Biologie de l’homosexualité : on naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être. Selon lui, l’homosexualité a une cause biologique, et résulterait de la combinaison d’un facteur génétique et d’un facteur hormonal durant la gestation intra-utérine. Son livre convoque quantité d’études anglo-saxonnes. Or, ce que montrent ces études est surtout qu’il n’y a pas de preuves probantes d’une cause génétique ou biologique de l’homosexualité, mais seulement des hypothèses largement extrapolées de résultats qui peuvent être interprétés de différentes façons.

La chercheuse Odile Fillod, qui travaille sur la communication en sciences biomédicales et du psychisme, a publié un article qui détaille les erreurs, faiblesses et raccourcis de Max Bird, ainsi qu’un autre article dans lequel elle met en évidence les problèmes méthodologiques chez Jacques Balthazart.

L’hypothèse génétique : beaucoup de bruit pour pas grand chose

L’affirmation d’un déterminisme biologique de l’homosexualité n’est pas nouvelle. En 1993, une équipe de chercheurs menée par le Dr Dean Hamer, un généticien de l’Institut National du Cancer (!) américain, a prétendu avoir découvert le gène de l’homosexualité chez les hommes. Celui-ci se situerait à l’extrémité du chromosome X. Pour affirmer cela, il a fait une prise de sang à 40 paires de frères homosexuels, chez la plupart desquels il a trouvé cinq marqueurs communs sur une partie spécifique du chromosome X. Problème de taille pour une étude qui se veut scientifique dans le domaine de la génétique : celle-ci ne comportait aucun groupe témoin avec lequel comparer la prévalence de ces marqueurs !

En 1999, l’étude de Dean Hamer a été reproduite par une équipe de chercheurs canadiens sous la direction du neurologue George Rice, cette fois-ci en ayant également constitué un groupe témoin d’hétérosexuels. Ils n’ont noté aucune différence statistique entre le groupe d’homosexuels et le groupe d’hétérosexuels au niveau des marqueurs génétiques présents à l’endroit précis du chromosome identifié par Hamer.

La nature, un argument pour lutter contre l’homophobie ?

Pourtant, un certain nombre d’homosexuel(le)s défendent l’idée d’une cause biologique à leur orientation sexuelle. Celle-ci les déchargerait en effet d’une responsabilité, sinon d’une culpabilité, qui sans cela pèserait sur elles et sur eux. L’idée est aussi que leur homosexualité sera mieux acceptée socialement. Mais tout d’abord, ce n’est pas parce qu’elle serait inscrite dans la nature qu’elle ne serait pas pour autant rejetée par la société. Par exemple, le racisme considère qu’il existe des races, que celles-ci sont des produits de la nature, et son comportement vis-à-vis de certains groupes est la stigmatisation et le rejet au nom de cette supposée nature.

Ensuite, si l’on affirme, comme Max Bird et Balthazart, que l’homosexualité est due à une anomalie sur le plan hormonal au moment de la grossesse, alors on pourrait considérer qu’il s’agit d’une maladie ou d’une malformation, qu’il conviendrait de soigner ou de réparer.

Enfin, et a contrario, ce n’est pas parce que l’homosexualité n’aurait pas de causes essentiellement biologiques qu’elle serait un choix (sous-entendu pervers). Il y a bien d’autres raisons pour qu’un comportement sexuel ne soit pas un choix, notamment des raisons psychologiques inconscientes ou le conditionnement social (qui incite par exemple à l’hétérosexualité). Et puis, même si l’homosexualité était un choix, il ne serait pas justifié de la stigmatiser. Le problème du raisonnement de Max Bird, de Balthazart et des homosexuel(le)s soutenant une causalité biologique de l’homosexualité, est qu’il présuppose qu’une orientation sexuelle pourrait être dénoncée si elle n’était pas biologiquement déterminée. En somme, ce raisonnement repose sur le même principe que celui des homophobes : qu’il s’agisse de dénoncer l’homosexualité comme contra-nature, ou de la défendre parce qu’elle serait le fruit de la nature, c’est toujours la nature qui est convoquée pour juger de l’homosexualité. Et si, au contraire, on abandonnait l’idée qu’il faudrait justifier son orientation sexuelle, quelle qu’elle soit ?