Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus?

John Gray a fait fureur avec sa série des Mars et Vénus, en promouvant des représentations traditionalistes du couple et des rôles respectifs des hommes et des femmes, comme s’ils ne venaient pas de la même planète.

Il est une vérité pour le moins indubitable : les hommes et les femmes sont différents. C’est ce que l’on désigne, basiquement, par la différence des sexes. L’anatomie en est le premier critère repérable. Mais ce n’est pas qu’anatomiquement que les hommes et les femmes diffèrent. Ils auraient, dit-on, des façons de voir le monde et des comportements différents, pour ne pas dire une psychologie différente. D’après certains, ils viendraient même de planètes différentes : Mars pour les hommes, Vénus pour les femmes.

Ainsi, il est courant que des comportements soient justifiés ou expliqués par la nature des hommes ou des femmes. Les hommes auraient pour valeurs le pouvoir, la compétence, l’efficacité, la réussite, et ils aimeraient le foot. Les femmes, elles, seraient plus communiquantes, plus sentimentales, frivoles et intéressées par la mode. N’entend-on pas dire que le shopping, c’est un truc de filles, alors que la pornographie, par exemple, serait surtout un truc de mecs ? John Gray, l’auteur du célèbre Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, reprend cette idée de différences naturelles entre les hommes et les femmes, voyant dans les premiers des élastiques faisant des allers-retours entre leur femme et leur caverne où ils s’isolent, et dans les secondes des bavardes qui fonctionnent comme des vagues avec, donc, des creux.

La force de ces généralités est que tout le monde ou presque les répètent lors de conversations entre potes d’un côté et copines de l’autre. Dans les couples, il n’est pas rare que fuse, en forme de reproche, un « t’es bien un mec, tiens ! » ou un « t’es pas une nana pour rien toi ! ».

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Bien sûr, ces généralités, qui plus est prétendument fondées sur la nature des hommes et des femmes, rendent incompréhensibles que des hommes soient sentimentaux et aient besoin d’aimer pour coucher, que des hommes soient peu intéressés par le pouvoir ou n’aiment pas le foot, que des femmes aient des rapports sexuels sans sentiments ou ne s’intéressent pas à la mode, et préfèrent passer leur temps libre à lire plutôt qu’à faire du shopping, ou que certaines d’entre elles aient un goût prononcé pour la pornographie. Par ailleurs, bien des femmes pourraient se reconnaître dans le comportement qui consiste à rechercher, par moment, l’isolement, tandis que des hommes, bavards ou pas, passent par des périodes de creux et ont le vague à l’âme. En somme, ces généralités ne sont que des généralités, et surtout, elles ne tiennent pas à la nature des hommes d’une part, des femmes d’autre part. Car le principe de la nature, c’est qu’il n’y a pas d’exception. Dès lors qu’il y en a, on peut mettre en doute le caractère naturel d’un comportement. Et lorsque ces exceptions se multiplient, même si elles restent minoritaires, ou bien parce qu’elles concernent en réalité tout un chacun, aussi bien hommes que femmes (comme le besoin d’isolement ou les creux de vague), il n’y a plus de doute sur le caractère non naturel des comportements des hommes et des femmes. Pourtant, les idées reçues ont la vie dure : le livre de John Gray, et tous ceux qu’il a publié ensuite dans la même veine, sont des succès de librairie.

La suite dans l’Amour à l’épreuve du couple.