Tchater, c’est tromper ?

Les développements technologiques conduisent à de nouveaux comportements. C’est le cas avec l’essor des téléphones portables et d’internet. Se pose alors la question de savoir si ces nouveaux comportements se rapportent à des comportements déjà connus, comme l’infidélité à propos du tchat « chaud ». Autrement dit, ces comportements sont-ils si nouveaux que cela, ou ne constituent-ils qu’une nouvelle forme, rendue possible par de nouveaux outils, de types de comportement déjà connus ? Les utilisateurs de ces outils pour tchater érotiquement avec une autre personne que leur conjoint ont tendance à considérer qu’ils ne sont pas infidèles, tandis que les conjoints se sentent trahis. Alors, qu’en est-il ?

 « C’est virtuel »

La question est posée parce qu’internet est associé à l’univers du virtuel, étant entendu par là qu’il ne s’agit pas du monde réel. Nombre d’internautes, par ailleurs en couple, entretiennent ainsi des conversations érotiques par l’intermédiaire de forums de discussion ou de la technique du tchat. Et bien que cachant ces conversations à leur conjoint, ils n’estiment pas lui être infidèle, parce que « c’est virtuel ». Et de fait, bien des éléments de réalité sont manquants comparativement à une relation sexuelle physique. Ainsi, il n’y a précisément pas de contact physique. A l’extrême, l’interlocuteur peut même n’être qu’un pseudo sans visage, ce qui laisse une grande place à l’imaginaire. Et moins il y a d’éléments de réalité (photo ou transmission vidéo par webcam qui permettent d’avoir une idée du physique de l’interlocuteur, conversations téléphoniques qui permettent de connaître sa voix), plus l’imaginaire peut intervenir. Dans une certaine mesure, nous nous rapprochons de l’univers des fantasmes sexuels qui traduisent nos désirs. Or, fantasmer n’est pas être infidèle, car pour que l’on puisse parler d’infidélité, il faut des actes, et pas seulement des pensées.

 Mais le virtuel est réel

Cependant, une conversation dite virtuelle ne revient pas à la même chose qu’un fantasme. Même si une personne fantasme sur un autre individu que son conjoint, cet autre individu n’intervient pas réellement, et il peut même ne rien savoir des fantasmes dont il fait l’objet. En revanche, dans le cadre d’une conversation virtuelle, il y a bien un tiers qui intervient réellement, quand bien même rien n’est su de lui (ni à quoi il ressemble, ni quelle voix il a, ni, même, s’il est bien ce qu’il prétend être, homme ou femme par exemple). Avec le fantasme, la personne qui fantasme n’est en rapport qu’avec elle-même, avec son imaginaire, et même si elle imagine secrètement faire l’amour avec une autre personne que son conjoint, l’acte n’a lieu que dans son imagination. En revanche, dans le cadre d’une conversation dite virtuelle, il y a réellement une conversation avec un tiers autre que le conjoint, il y a réellement échanges de propos érotiques en vue d’une excitation sexuelle, et, éventuellement, il y a réellement orgasme grâce à cette conversation avec un(e) autre, quand bien même on ne saurait rien de cet(te) autre.

Ainsi, une conversation dite virtuelle est en fait chargée d’éléments de réalité, parce qu’elle existe réellement comme conversation avec une autre personne. On ne saurait donc la ramener à l’économie d’un simple fantasme dans laquelle aucun tiers n’intervient autrement que dans l’imagination de celui ou celle qui fantasme.

En conséquence de quoi, tchater sur un mode érotique peut s’apparenter à une infidélité, si toute relation extra-conjugale était exclue par le couple : tchater ainsi avec un tiers constitue une relation hors couple d’ordre sexuel.

 Un degré moindre d’infidélité ?

On peut ensuite élaborer des degrés d’infidélité. Lors d’une conversation dite virtuelle, dès lors que celle-ci ne fait pas intervenir de contacts physiques réels et qu’une grande place est laissée à l’imagination, l’infidélité paraît moins prononcée que lors d’une relation sexuelle physique. Car bien qu’elle existe, elle n’est pas allée aussi loin dans l’acte qu’une relation sexuelle physique. Toutefois, intervient ici une dimension subjective, qui réside dans la réception psychologique de ce type d’infidélité. Le conjoint peut en effet très mal vivre de tels tchats, autant que s’il y avait eu des relations physiques. C’est que, si l’on peut établir, selon des critères objectifs (relations physiques ou non, échange de photos ou non, dénudée ou non, conversations téléphoniques ou non, etc.), des degrés d’infidélité, il paraît plus difficile d’introduire des degrés objectifs pour le sentiment de trahison ressenti par le conjoint dès lors qu’il y a eu infidélité, quel qu’en ait été le degré. C’est ici affaire subjective au cas par cas, et chacun(e) réagira intensément ou non sur le plan émotionnel.

Quoi qu’il en soit, tchater de manière érotique avec un tiers est un acte réel, et peut donc être considéré comme une relation extra-conjugale, sans contacts physiques certes, mais qui est un échange réel à distance.